La  Médecine  Populaire 

 

" Je crois à la plante sauvage plus résistante, à la plante qui croît sur le chemin, oppose résistance a qui la foule et reprend ses racines".

 

                         Ce n'est qu'au milieu du XX° Siècle que la médecine officielle s'introduisit dans les villages en Corse. Auparavant le médecin avait de sérieux concurrents :  ainsi pour les naissances on faisait appel à la mammana (matrone) , pour les maux de dents au stazzunaru (forgeron) , et pour les maladies :  au rebouteux ou à la signatora ( guérisseuse)... Dans les villages reculés et difficilement accessibles le médecin devait parfois mettre plusieurs heures pour parvenir au chevet du malade du fait des sentiers et des routes impraticables à l'époque. Lorsqu'il était appelé de nuit il passait souvent la nuit et une partie de la journée suivante à prodiguer ses soins aux villageois qui venaient alors le consulter.

                             Dans les siècles passés l'impuissance de la médecine officielle facilita le développement d'une médecine populaire qui se servit des plantes médicinales, de la magie et de la religion pour remédier au manque de médecins et de savoir. Cette médecine s'avéra cependant efficace bien qu'empirique et c'est pourquoi elle a pu se transmettre au cours des siècles dans les milieux ruraux de Corse jusqu'aux années cinquante...

Les bases :

                              Ce sont les femmes, les bergers, les paysans Corses héritiers d'un savoir ancestral  transmis de génération en génération qui ont constitué une pharmacopée à base de  plantes  médicinales ou simples, de substances animales et minérales provenant de leur environnement naturel. Ils y ont ajouté des pratiques magico-religieuses. Ils ont été aidés par la richesse du milieu naturel Corse, de sa flore et de sa faune, connu du temps des Romains...

                              De nos jours, devant le recul de la société agropastorale Corse ces connaissances risquent de disparaître. Les structures de la société ayant changé et le développement de la médecine officielle avec le médecin et ses médicaments ont supplanté les anciennes pratiques dans les villages.

Quelques recettes :

Les vers intestinaux des jeunes enfants

- traités avec de l'ail (collier de gousses d'ail) , ou de la mousse de Corse (fucus helminthocorton) ou erba marina  en fait des algues dont on faisait des tisanes et que vers Cargèse on mettait dans des beignets pour que les enfants les mangent plus aisément. Également l'achillée de Ligurie ou erba santa  ( employée aussi pour les entorses, les saignements des plaies, les piqûres de guêpes ou les boutons).

Le rhume:  traité avec l'immortelle (a murza) faisait fuir les mouches sur le fromage, en fumigations soigne le rhume.

Les problèmes urinaires :

- traités avec la pariétaire(vitriola ou erbiola) et l'agneau chaste(ou gattilier ou arbre à poivre) sous forme de décoctions ou de tisanes. La syphilis était traitée avec le buis(u bussu) sous forme de tisane.

Les blessures :    Les bergers utilisaient le bouillon blanc( bianca minestra ou barbarescu) à base d'erba bianca  : on la cueille au mois d'Août et la conserve dans de l'huile d'olive et sert à soigner les blessures... L'erba bianca sert aussi pour les hémorroïdes.

Les purgatifs :   Le ricin (ricinus vulgaris) qui atteint des hauteurs de 2,5 metres en Corse donne ses graines pour faire des purges. De même pour le basilic (u basilicu) l'ellébore (a nocca) le buis (u bussu).

Les prouesses amoureuses: le myrte consacré à Aphrodite dans l'antiquité, inutile de préciser ses vertus; le laurier permettra d'accomplir des performances et de ceindre les lauriers de la conquête.

Le Diabète: Le genévrier (U ghjneparu) soulage le désespoir mais soigne aussi le diabète

La dysenterie :   On utilisait les feuilles d'arbousier pour la combattre.

Le paludisme :  Les bergers en étaient les principales victimes, il récoltaient pour se soigner de la gentiane (genziana) , de la  bourrache (frisgiula ou burracine) de la marrube (marrubiu) ou de la camomille (matrunella). Pour lutter contre les fièvres ils buvaient des tisanes de d'armoise-absinthe ou erba di tagli ou d'assensiu.

L'angine:    On les soignait avec des infusions de violettes (viuletta), de tilleul, de sureau, ou de guimauve, on faisait des gargarismes de tiges d'aubépines(prunalbellu), on employait également le romarin ( rosumarinu). Le mal de gorge était soigné avec de la sauge. 

Les rhumatismes :  on utilisait l'ortie noire (urticula), on fouettait la zone douloureuse avec une poignée d'orties.

Douleurs et boutons :  les feuilles bouillies de la mauve (a malba) servent à faire des emplâtres contre les douleurs et boutons.

La goutte :  On récoltait la soldanelle ou chou marin. 

Les Yeux :  Pour les orgelets ou les inflammations on utilisait du sureau (u sambucu)

Les dents :   En cas de rage de dents on utilisait de l'ellébore (a nocca), un très petit morceau découpé dans sa racine et appliqué sur la dent malade tuait le nerf, il fallait faire attention de ne pas toucher les autres dents. On pouvait faire un emplâtre avec des papillons de ver à soie bouillis dans de l'eau et de l'alun. Ou sinon on faisait appel au forgeron...

Piqûres de scorpions :  En appliquant sur la blessure un oignon coupé en deux et en prononcant certaine prière, la douleur et le mal disparaissaient.

Les plaies :  On les refermait à l'aide de feuilles de figuier d'Inde, ou avec des emplâtres de feuilles de mauve (a malba) pour la cicatrisation. 

Les verrues :  On déposait dessus du lait de figue (latte di fica).On utilisait également de l'asphodèle (u taravellu) on en appliquait trois fois par jour pendant trois semaines...

Les plaies des bêtes :   on faisait frire des salamandres pour obtenir de la graisse, celle ci appliquée sur les plaies des animaux les guerissait.

Les problèmes de reins : traités avec la bourrache (a frisgia ou u succhia mele), les jeunes pousses confectionnées en tisane sont bonnes pour les reins. 

La digestion : Le thym Corse (erba barona) poussant en haute montagne, utilisé en cuisine, et en tisane facilite la digestion.

La coqueluche : combattue également avec le thym Corse ou erba barona.

 

Le mile et la cire d'abeilles Corses avaient  selon Pline une grande réputation, notamment en matière de longévité.

L'asphodèle: une note particulière pour cette plante (u taravellu)-(erbucciu) liée à des croyances très anciennes, assimilée au royaume des morts, elle soignerait tous les maux, ce serait le remède parfait.